Paris

Lundi 30 avril 2007 1 30 /04 /2007 10:14
Paris se lance dans un processus de branding : la ville vient de lancer un appel d'offre pour se doter d'une identtité visuelle. Ce sont principalement des agences de desgn qui seront consultées. Il était temps que la ville se donne les moyens de ses ambitions et devienne une marque. Il est notamment urgent que la marque ne soit plus uniquement "Mairie de Paris"... (j'ai écrit un petit article sur la question : "les représentations de la ville : des armoiries aux logos, entrée de la ville dans l'hypermodernité" à télécharger ici)


C'est l'agence Demoniak qui a mené la première étude de faisabilité de cette marque pour la ville, en s'appuyant sur les exemples d'autres villes d'envergure internationale (beaucoup) et sur la théorie (un peu) en la matière.

Pour l'agence, "l'objectif du city branding est de clarifier, d'unifier et de maîtriser l'image (de la ville) afin d'en assurer la promotion cohérente auprès des différents publics (habitants, institutionnels, visiteurs, investisseurs, entreprises, etc.)"

Elle focalise donc sur la congruence, posée comme nécessaire, des discours de la ville auprès de publics aux projets divers. Cette congruence relevant de l'image, il s'agit pour l'agence d'unifier les "perceptions" de la ville.

L'approche est intéressante, mais partielle. Il conviendra tout de même de préciser que l'objet du city branding peut difficilement être constituée de l'image seulement, celle-ci n'étant pas, comme l'annonce Demoniak, seulement une affaire de perception, mais bien plutôt d'interprétation. Dans ce sens, le city branding n'a pas pour objet l'image de marque, mais la marque elle-même, les systèmes de signes qui la composent. L'image est ce que l'on peut mesurer qualitativement et quantitativement, à la manière d'un symptôme : voir mon schéma ECI. Cela demande de comprendre la marque de ville non pas comme une valeur ajoutée à la ville, mais comme une valeur intrinsèque.

Il semble que la volonté de la municipalité et le conseil de Demoniak avance vers un positionnement qui s'éloigne des clichés de Paris et mettent en valeur sa capacité d'innovation, son "dynamisme", ville branchée et créative (Florida n'est pas loin). Il s'agit aussi de dire que Paris n'est peut-être pas qu'un petit village mondial touristique, mais qu'elle joue un rôle dans le monde hypermoderne.

Dans sa consultation, la municipalité pose souhaite que les agences qui répondent à l'appel d'offre amènent des éléments sur les interrogations suivantes (tirées de l'AO) :

-    Le mot « Paris » est-il exploitable seul en tant que marque ?

-    D’autres termes doivent-ils lui être associés ?

-    Quels « territoires » cette marque doit elle évoquer dans un souci de commercialisation ?

-    La future marque peut-elle être crédible si elle s’appuie sur d’autres secteurs que ceux traditionnellement attachés à l’image muséale, culturelle et romantique de Paris (le luxe, la culture, la fête, l’histoire, le design, les métiers d’art…)

-    Pourra-t-elle se fonder pour partie sur le rôle de Paris en matière de recherche, d’innovation et de création de richesse ?

-    Le potentiel attaché à la dimension contemporaine, cosmopolite et conviviale de la capitale constitue-t-il un gisement de valeurs susceptible d’être pris en compte ?

-    Quelles images visuelles peuvent être associées au mot « Paris » ? Que portent-elles comme valeurs ?

-    Quel contexte créer autour de la future marque pour la faire émerger commercialement le moment venu ?

La démarche est ici passionnante : non pas pour la pertinence (ou la non pertinence) du questionnement de la ville de Paris, mais par le fait qu'elle se pose des questions que ne se poserait jamais une marque commerciale, et qu'elle semble encore empêtrée dans la complexité de la symbolique urbaine. La volonté de déclinaison de la marque Paris sur le terrain commercial semble prioritaire dans l'esprit de l'annonceur. C'est légitime, une marque peut avoir vocation à s'étendre, à créer une architecture, des gammes, des lignes (il est remarquable qu'aucune ville, à ma connaissance ne soit entrée dans cette démarche, pourtant cohérente avec la complexité inhérente à la ville). Il faudrait tout de même aussi se poser la question du branding des services publics, municipaux : ce serait une grave erreur de construire une marque de ville uniquement pour son potentiel commercial, la ville ne peut limiter son expression symbolique à cette dimension, même si elle doit être présente.

La question de la méthodologie pour l'identification des "valeurs" de la ville est prépondérante, les méthodes classiques utilisées pour les marques commerciales se révelant, d'après mes premiers résultats qualitatifs, peu pertinentes. La ville de Paris bénéficie-t-elle un "conseil scientifique" pour l'accompagner dans la création de sa marque ?
Par boris maynadier - Publié dans : Paris
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Samedi 27 octobre 2007 6 27 /10 /2007 17:36
Ce serait l'agence Saguez & Partners (site) qui aurait remporté l'appel d'offre pour création de la marque de la ville de Paris, dont j'avais déjà dit quelques mots (ici).

L'agence, aussi appelée la Manufacture du design, est spécialiste dans les problématiques d'identité de marque, elle est expérimentée et fait souvent preuve de beaucoup d'intelligence dans son travail. Il va lui en falloir.

La démarche de Paris est intéressante. Voilà quels sont ses symboles graphiques officiels aujourd'hui :









Et voilà le "modèle" qui plaît tant à la municipalité, à bertrand Delanoë sans doute, et à de très nombreux maires à travers le monde. Ce signe est très à la mode aujourd'hui (créé en 1976 pour l'office du tourisme de NYC), voir ici et ici (campagne actuelle "this is NYC").



Seulement voilà, faire un symbole à succès comme celui de NYC, ça ne se commande pas vraiment.

Dans mes études qualitatives, j'ai remarqué un phénomène intéressant : les répondants, en particuliers les jeunes, jusqu'à 35 ans environ, ne savent pas que ce signe est émis par la ville de NY dans le cadre d'une stratégie marketing. Il semble que son succès tient en partie au fait qu'il n'est pas associé à une démarche de manipulation publicitaire.

Les citadins se sont appropriés ce signe, pour eux, sa source (destinateur) est floue, mal définie. À la question, "d'où pensez-vous que provienne ce symbole ?", on répond que l'on n'en ait trop rien, ou qu'un artiste peu connu l'auraient inventé dans le plus pur anonymat. Mais le signe renvoie cependant à une relation à la ville, mettant en jeu ses valeurs, son style en quelque sorte, pourtant sans exprimer explicitement ces valeurs. Et c'est cela qui est intéressant.

Une des forces de ce logo est d'exprimer une relation plutôt que de se vouloir descriptif de la ville, comme les designers de Iamsterdam l'ont compris.

Mais au-delà des qualités formelles du signe, c'est la manière dont les citadins vont s'en emparer qui va faire son succès. Et cela n'est pas complètement maîtrisable, bien que l'on puisse essayer de gérer certains effets de sens.

L'appel d'offre de la ville de Paris pour sa marque mentionnait la dimension "commerciale" que devra pouvoir remplir cette marque. Il faut cependant comprendre que si le I love NY est un succès commercial, il est avant tout un succès citoyen, les gens se le sont appropriés, et ils ne lui donnent pas une signification marchande. Par exemple, il s'est transformé après les attentats du 11 septembre 2001, comme probablement aucun autre logo de ville n'aurait pu le faire.
Il ne s'agit pas de commerce avant tout. Il s'agit de citadinité, de sentiment d'appartenance à une ville ou, mieux d'un sentiment de proximité symbolique : de nombreuses persones arborent la marque sans habiter ni même parfois avoir visité NYC. Le commerce, le succès marchand d'un tel symbole, ne semble sevoir être considéré que comme une résultat second. En cela, la ville ne doit peut-être pas suivre de trop près les démarches des entreprises commerciales dans leurs créations de marques.

Il semble aussi que ces logos montrent que la valeur de la marque d'une ville n'est pas ajoutée, mais qu'elle lui est intrinsèque. La théorie de la valeur ajoutée (majoritaire en marketing de la marque) voudrait que la création d'une marque ajoute une valeur à la ville. Elle ne fait en réalité de l'augmenter (plus sur le mode de la multiplication que de l'adition), en organisant le sens de la ville. La marque est alors un mode d'organisation du sens. Pas seulement un simple logo. Qu'ajoute le I love NY ? Rien, il vous invite à aller chercher dans votre imaginaire les liens qui vous unissent symboliquement à la ville.

Sur NYC
Lire Rem Koolhaas (ici) - agence OMA.
Par boris maynadier - Publié dans : Paris
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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /2008 20:53
Par boris maynadier - Publié dans : Paris
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