hypermodernité

Jeudi 29 juin 2006 4 29 /06 /2006 18:54
L'urbaniste François Ascher n'a jamais cru à la rhétorique postmoderne. L'idée que la fin des 'méta-récits' annonçait la fin de la modernité, c'est en effet jouer un peu vite au jeu de l'oracle...
Les 'méta-récits' dont parle Lyotard sont, pour faire simple, les grandes histoires qui expliquent le monde et lui donnent sens. Par exemple, l'idée de progrès en est un. Si les postmodernes disent que l'on n'a plus foi dans le progrès et que cette notion n'a plus beaucoup de sens, les tenants de l'hypermodernisme préfèrent parler d'une transformation de ce récit. Le progrès a changé depuis les grands discours modernes des Lumières, mais il existe toujours.
Lipovetsky a écrit un très bon bouquin sur le sujet, Le bonheur paradoxal, bien documenté en matière de marketing, ce qui est suffisamment rare chez un sociologue pour le remarquer. Il y explique l'importance de la consommation et les contradictions qui nous habitent.

La ville hypermoderne et la marque hypermoderne ne peuvent que se rencontrer. Il s'agit de deux faits majeurs de notre société, voire de notre civilisation si on peut s'entendre sur une définition simple de ce terme.

Modernisation, mais différente de celle que l'on a connue jusqu'ici. Urbanisation croissante du monde et de la France. Omniprésence des marques - on gagnerait à revoir certaines pratiques du branding. Le monde hypermoderne finit de se débarrasser de ses scories féodales, parfois avec difficulté.

Il est surprenant d'observer que dans les représentations symboliques de villes, les armoiries existent toujours. Les premières villes à s'approprier des armoiries l'ont fait en plein Moyen Äge, au XIIème siècle. N'est-il pas étonnant de se trouver face à un système féodal vieux de 9 siècles sans se poser de questions ? D'autant qu'il s'agit d'un système sémiotique complexe auquel (presque) personne ne comprend plus rien, nous en avons perdu les clefs de lecture...
Par boris maynadier - Publié dans : hypermodernité
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Jeudi 20 juillet 2006 4 20 /07 /2006 12:36
Le développement des villes hypermodernes passe par la "nouvelle classe créative" décrite par l'économiste américain Richard Florida (site).

Cette nouvelle classe créative correspond assez bien avec ce que François Ascher appelle les "manipulateurs de symboles".

Nous tenons-là un rapport intéressant avec la marque de ville qui correspond à la symbolique et à l'imaginaire de la ville.











Approche de la modélisation psychométrique
La mesure de la "nouvelle classe créative" permettrait de proposer un modérateur pertinent.
Par boris maynadier - Publié dans : hypermodernité
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Jeudi 20 juillet 2006 4 20 /07 /2006 12:58
La "nouvelle classe créative" permet de comprendre les villes (et mutatis mutandis les territoires en général) selon le "Global Creativity Index", selon Richard Florida.

Cet indice s'appuie sur trois facteurs mesurables :
- La technoogie
- Le talent
- La tolérance

En 2005, selon les chiffres de Florida, le pays avec le meilleur indice est la Suède, suivie du Japon  et de la Finlande. Less USA sont en 4ème position (le déclin commence) et la France en 17ème (le déclin continue).

Les territoires ayant un fort indice global de créativité attirent bien entendu la classe créative plus facilement...
Par boris maynadier - Publié dans : hypermodernité
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Vendredi 21 juillet 2006 5 21 /07 /2006 09:56

Les théories de Florida font l’objet de nombreuses critiques.

Les assertions de Florida, par contre, ne font à ma connaissance l’objet d’aucune validation empirique, ce qui tend à la considérer comme une « intuition ». Mais peut-être bien une intuition fausse…

Examinons certains point importants :
-    Le concept de « classe créative » reste flou, peu défini et difficilement mesurable.
-    La classe créative est définie par une liste de métiers : artiste, rédacteur, professeur, etc. Or, ce n’est pas le métier qui fait le potentiel créatif d’un individu.
-    Que fait-on des individus créatifs à faible niveau d’étude et pratiquent un emploi qualifié de peu créatif ?
-    Comment mesurer ou même comprendre la notion de ‘talent’ ? Là aussi Florida reste flou.
-    Le lien entre l’importance de la classe créative et la croissance économique d’une ville n’est pas montrée.
-    Il est montré que la classe créative habite plutôt les banlieues que les villes aux USA.
-    Les travaux d’adaptation de la théorie en Europe ont tendance à invalider la théorie.
-    Les indices (3 T) de Florida ne sont pas significatifs.
-    La classe créative est présente dans toutes les villes, sans différence très significative.

La plupart de ces critiques ( la liste n’est pas exhaustive) sont émises à partir de Levine (2004) et la bonne synthèse de Chantelot.


Malgré tout ça, on ne peut pas reconnaître la place nouvelle que tient la créativité dans le monde hypermoderne. À voir, donc.

Références :
Chantelot S ( ?), Talent et développement régional : enseignement et limites
Levine V. M. (2004), La « classe créative » et la prospérité urbaine : mythes et réalités, Conférences Villes Régions Monde INRS-Urbanisation, Culture et société

Par boris maynadier - Publié dans : hypermodernité
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Mardi 15 août 2006 2 15 /08 /2006 17:00
L'émergence de la créativité comme valeur centrale de nos sociétés hypermodernes, décrite par Florida, est critiquée, parfois à juste titre, cependant...

L'auteur nous met sous le nez quelque chose d'important. Cette créativité définit une bonne part de nos activités et engendre de nombreux bouleversements socio-économiques.

En bon économiste, Florida met en avant un point essentiel pour lui : ce qui change réellement, c'est que la créativité est désormais profondément installée dans l'économie, au sein des entrteprises. Pour lui, tout le monde est créatif, il le répète dans tous ses bouquins, mais ce qui définit la classe créative est la mise en oeuvre de cette créativité au sein d'une activité rémunérée : il faut gagner sa vie avec.

Donc, dans cette approche, il néglige complètement la créativité hors travail professionel. C'est vrai, alors il faut prendre la théorie de Florida pour ce qu'elle est : une théorie économique et non sociologique.

Voilà ce que l'on peut dire : l'économie s'est transformée et la créativité en fait désormais intrinsèquement partie, de manière, semble-t-il, irréverssible.

Florida le montre plutôt bien. Il faut en tenir compte.

Mais le piège énorme, que tout le monde aura vu, est de faire la ville pour les 30% de la population que représentent en général cette population. Et oublier les autres. L'erreur serait fatale : vouloir attirer la Classe Créative et négliger les autres.

Il faut comprendre que, d'un point de vue sociologique, cette créativité dépasse le cadre profesionnel, que de très nombreuses personnes ont des activités créatives pendant leurs loisirs, font partie d'associations...

Bref, le point de vue économique me paraît aller dans la bonne voie, mais il est insuffisant. Vivement que les sociologues s'intéressent sérieusement à la question.

La classe créative, d'un point de vue économique, socioprofessionel, existe. Elle peut être clairement définie. Les indices qu'utilise Florida pour la comprendre et les conclusions qu'il en tire pour la gestion des villes sont moins convaincants.

Ce que l'auteur met aussi en avant, c'est l'importance d'une sorte d'état d'esprit créatif qui peut règner dans un pays ou une ville. L'importance des investissements dans l'éducation et la recherche. L'importance d'un climat général positif. Et là, en France, tant que nos politiciens et médias joueront la carte de la peut et de la répression, rien ne sera possible, car rien ne bride mieux la créaticité que la peur.
Par boris maynadier - Publié dans : hypermodernité
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