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hypermodernité

Veolia communique une intéressante étude, conduite à une échelle mondiale, sur les modes de vie urbains ici.

Exemples de résultats :
"L'enquête a permis de distinguer six grands "types" de villes, correspondant chacun à une relative communauté d'opinions, de modes de vie, d'attentes et d'aspirations de la part de leurs habitants."

Voici un résumé de la typologie (disponible p.15 du rapport) :
Londres, Lyon, New York et Paris : cosmopolitisme, architecture, loisirs et facilité de déplacement (sic)
Chicago, Los Angeles et Sydney : moins denses, plus de nature, moins de stress et, (re sic) trop d'embouteillages
Pékin et Shanghai : dynamisme économique, fierté des habitants, embouteillages et pollution
Alexandrie, Berlin et Prague : Posibilités de sortir et de faire la fête, dynamisme culturel et sportif
Tokyo : commodité de la ville, des transports, un peu trop de rationalité
Mexico : prédominance de sentiments négatifs, craintes de l'insécurité et de l'urbanisation, offre culturelle et sportive appréciée



En outre l'étude montre l'importance des déplacements dans la ville pour pouvoir l'apprécier. La mobilité en général est un thème central, corrélatif de la société hypermoderne.

D'autres thèmes comme le coût de la vie et la sécurité sont aussi majeurs. Cette étude tend à confirmer des constats posés par certains auteurs (Ascher notamment).

Point de vue méthodologie, un croisement intéressant entre qualitatif et quantitatif.
"Pour la phase quantitative de l'enquête, un peu plus de 600 habitants de chacune de ces villes, soit plus de 8 500 personnes en tout, ont répondu à un questionnaire envoyé par internet. Pour la phase qualitative de l'enquête, des groupes de jeunes urbains des villes ont été interrogés en face-à-face."
La phase qualitative a été consuite par une technique d'entretiens de groupes (focus ?).

L'étude est très intéressante, il n'y a pas, de prime abord, grand-chose à lui reprocher sinon des questions de méthodes (création du questionnaire, méthode qualitative de groupe et, semble-t-il, pas d'entretiens individuels).

Notamment, l'étude met en avant les rapports des individus aux villes en ce qu'ils sont parfois problématiques : espaces subis, paradoxe d'un attachement malgré les insatisfactions, etc.

Les reproches que l'on peut faire du point de vue méthodologique sont récurrents en ce qui concerne les instituts de sondage (ici, c'est Ipsos) : d'où viennent les items du questionnaire ? Pourquoi pas d'entretiens individuels ? Échelles de mesure aléatoires, etc. Bref, les conditions de production des données sont un peu floues.

Mais la plus grande faiblesse de l'étude réside dans son objectif, large et descriptif. Il n'y a pas de problème précis posé, et c'est dommage car le matériel a l'air très riche. Par exemple, un des résultats est que les citadins habitent une ville parce qu'ils l'ont choisie. Le choix de son lieu de vie, c'est absolument fondamental (Florida le dit à sa manière). Mais il serait intéressant de comprendre comment cela se passe. L'étude est assez frustrante de ce point de vue, mais globalement très instructive.

Lipovetsky G. (2006), Le bonheur paradoxal, Essai sur la société d'hyperconsommation, Gallimard, 2006
Par boris maynadier
Qu'est-ce qui fait qu'un territoire, qu'une ville, sont créatifs ? Peut-être pas ce que l'on croit. La ville créative devrait peut-être ressembler à l'Italie évoquée dans ce chef d'oeuvre qu'est "Le troisième homme".

''In Italy, for 30 years under the Borgias, they had warfare, terror, murder and bloodshed, but they produced Michelangelo, Leonardo da Vinci and the Renaissance. In Switzerland, they had brotherly love and 500 years of democracy and peace, and what did that produce? The cuckoo clock.''

" En Italie, sous les Borgia, pendant trente ans, il y a eu la guerre, la terreur, meurtres et assassinats, cela a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, ils ont eu l’amour fraternel, cinq cents ans de démocratie et de paix, et qu’est-ce que cela a donné ? L’horloge coucou.
"


  
Par boris maynadier


le site du livre

On en a déjà parlé ici, et puis . Et encore ici.
Par boris maynadier
Examen clinique, c'est à la fois le journal intime de François Ascher au moment où il apprend qu'il a un cancer (très sérieux), et un ouvrage théorique qui vise à éclairer la notion d'hypermodernité. Et l'auteur installe brillament une mise en perspective de sa vie intime par la théorie, et inversement.



Le travail de Ascher est marqué par sa position "d'optimiste" vis-à-vis de la société. Il analyse le plus souvent l'hypermodernité sous l'angle des possibilités qu'elle offre. Cela lui est parfois reproché. Un des apports d'Examen clinique, c'est qu'il intègre plus volontiers - mais encore assez peu, vu les circonstances... - une analyse des difficultés que rencontre dans sa vie l'individu hypermoderne (la dépression par exemple, la fatigue dêtre soi ; Ehrenberg, 1998).

Mais il ne s'agit pas ici de s'étendre sur le livre, il est passionant, j'en conseille la lecture. ce que jevoudrais faire, c'est livrer quelques points qui me semblent essentiels (et sur lesquels on m'a interrogé) sur la société hypermoderne.

Qui est hypermoderne ?
L'individu hypermoderne peut sembler se résumer à un individu urbain / mobile / membre des classes moyennes supérieures / accro aux nouvelles technologies. Et bien sûr tout le monde ne se reconnaîtra pas dans ce portrait.

Mais ce qui est important, ce n'est pas de se reconnaître ou pas dans un portrait de "l'hypermoderne". Ce qui importe, c'est que les dynamiques observées sont celles-là et qu'elles concernent tout le monde car elles sont structurantes.

Un exemple : lors d'une récente conférence sur les mobilités (pour en savoir un peu plus : ici et ) à laquelle j'ai eu le plaisir de participer, la notion d'hypermobilité était avancée. Qu'est-ce que ça veut dire, hypermobilité ? Que tout le monde est de plus en plus mobile ? Oui, en partie. Mais ce n'est pas si simple. Car ce que signifie "hypermobilité", me semble-t-il, c'est que la mobilité devient toujours plus structurante. La question n'est pas de savoir si tout le monde est "hypermobile", on voit bien que non. Mais ce que l'on observe, c'est que la question de la mobilité se pose à tout le monde : ceux qui la vivent pleinement, ceux qui la subissent, ceux qui la refusent, etc. Une société hypermobile est non seulement une société où l'on bouge plus, mais aussi une société où la question de la mobilité se pose à tous, de manière inégale (conférences de Ascher et de Le Breton). Et voilà que la mobilité prend pour tous un sens nouveau...

Il en va de même pour les analyses relatives à l'hyperconsommation, développées notamment par Gilles Lipovetsky (2006) : non seulement nous consommons plus (mais pas tous de manière égale), mais la consommation est devenue structurante dans la société hypermoderne. Et une société d'hyperconsommation, cela veut aussi dire des exclus de la consommation, et des résistants à la consommation...

L'hypermodernité, c'est quand ?
La question est difficile à trancher précisément, parce que, comme on vient de le voir, l'hypermodernité se structure autour de dynamiques qui se nourrissent les unes les autres. Ascher distingue trois phases de modernisation.

1. Les temps modernes : de la fin du Moyen Age à la révolution industrielle
2. De la révolution industrielle à la généralisation de la consomation de masse
3. Hypermodernité : aujourd'hui

Par exemple, dans une étude sur le passage que les villes opèrent des armoiries aux logotypes (voir ici et ), il apparaît que les armoiries font de la résistance (un peu...), alors qu'aujourd'hui, mis à part quelques spécialistes, personne n'a les codes pour les déchiffrer correctement. Restes d'une première phase de la modernité... les villes se sont appropriées les armoiries alors qu'elles prenaient leur indépendance, au XIème et XIIème siècle. Les logos de villes appraissent, quant à eux, au moment de la décentralisation.

Une thèse est donc que les villes adoptent/changent de système de représentation symbolique, pour le dire autrement, de marque, lorsqu'elles vivent un moment charnière pour elles, d'accroissement fort de leur indépendance. Cela correspond notamment au moment hypermoderne.

Hypermodernité versus postmodernité
Il n'est pas toujours aisé de faire la différence pour qui ne s'intérese pas de très près à la question. Dans Examen, François Ascher revient su rla question et réaffirme sa position : nous sommes dans une phase hypermoderne et non postmoderne. ce qui crée de la confusion, c'est que souvent les constats peuvent paraître identiques. Par exemple, Maffesoli (postmoderne s'il en est) parle de tribus, de nomadisme... Les hypermodernes ne nient pas les phénomènes de groupes, ou les nouvelles mobilités, mais elles sont théorisées différemment.

Quelques oppositions majeures :

Pour les postmodernes, la modernité est en crise, le projet moderne est en crise.
Pour les hypermodernes, "ce n'est pas la modernité qui est en crise, mais ce qui est resté prémoderne" (Ascher, 2007, 192), un peu à la manière des villes qui conservent leurs armoiries que personne ne comprend.

Pour les postmodernes, la raison n'est plus porteuse de progrès, la notion de progrès a perdu son sens
Pour les hypermodernes, le progrès n'a pas perd son sens, mais on n'a plus une foi aveugle en lui. En portant un regard plus raisonné sur le progrès, nous sommes plus modernes (thèse forte de Ascher, voir aussi le travail passionant de Taguieff, 2004).

Pour les postmodernes (Maffesoli, 1988) l'individualisme est en déclin face aux tribus.
Pour les hypermodernes, l'individualisme se renforce par de multiples appartenances.

etc.

Hypermodernité et marketing
Il est surprenant que certains spécialistes du marketing aient pris pour bases théoriques la postmodernité, tant il semble que le projet marketing soit un projet moderne. De plus, les nouvelles voies de réflexion ouvertes sur des phénomènes comme la résistance au marketing, vers ce qui est parfois appelé le marketig "alternatif" montrent que le rapport à la discipline est en train de se moderniser, de "s'hypermoderniser" (doucement...) : une certaine foi en la rationalité, et une certaine idéologie (Marion, 2004) sont encore tenaces...


Ascher F. (2007), Examen clinique, journal d'un hypermoderne, Paris, L'Aube, 2007
Ehrenberg A. (1998), La fatigue d'être soi, Paris, Poches Odile Jacob, 1998
Lipovetsky G. (2006), Le bonheur paradoxal, essai sur la société d'hyperconsommation, Paris, Gallimard, 2006
Maffesoli M. (1988), Le temps des tribus, Paris, La Table Ronde, 2000
Marion G. (2004), Idéologie Marketing, Paris, Editions d'Organisation, 2004
Taguieff P.-A. (2004), Le Sens du progrès - Une approche historique et philosophique, Paris, Flammarion 
Par boris maynadier
Benoît parle dans son blog d'un très belle étude sociologique (pdf) sur les liens d'attachement noués entre les individus et leurs villes. Cette étude me semble intéressante, mise en perspective avec la problématique que je soulève d'un point de vue du marketing de la ville, c'est-à-dire notamment comment renforcer cet attachement.

"Une personne sur trois interrogée dans l’enquête Histoire de vie évoque son lieu d’origine  ou un lieu d’attachement, comme importants pour dire qui elle est. Dans un contexte où  les parcours géographiques individuels sont de plus en plus complexes, le lieu de naissance et la nationalité sont insuffi sants pour comprendre comment se forme le sentiment  d’appartenance des populations à un territoire."

France Guérin-Pac met le doigt sur l'idée que :

"Se référer à son lieu d’origine pour se définir est beaucoup plus fréquent pour les personnes immigrées ou de parents immigrés que pour celles nées françaises. Les immigrés  devenus Français se réfèrent moins souvent à ce lieu, même s’ils le citent fréquemment  comme lieu d’attachement. "

Si le marketing urbain peut jouer sur l'attitude "attachement", l'identification est une autre histoire, créer de l'identification dépasse la question de l'attachement : les individus doivent pouvoir construire des parcours personnels liés au territoire pour développer ce sentiment. La notion de "personnalité de marque" appliquée à la ville peut permettre de comprendre certains phénomènes d'identification.

L'auteur met aussi en évidence le niveau de la commune comme le plus susceptible de faire l'objet d'un attachement, comparé au département, à la région ou au pays (sans parler des continents, de l'Europe notamment).

la différence est aussi faite entre différents types de lieux subjetctifs. L'auteur définit quatre types de lieux :
                les lieux d'attachement
                les lieux de projet
                les leiux de sépulture
                les lieux d'origine

Le lieu d'attachment, il faut le noter, ne serait fonction ni  de l'âge ni de la CSP.
Le lieu de sépulture est cité par les personnes plus âgées (22 % des moins de 30 ans et 70 %  des plus de 70 ans) et attachées à la terre, ou qui souhaitent revenir sur leurs terres d'origines (déracinés). Comme les lieux d'origine, il s'agit avant tout des lieux de naissance.
Ce sont les étudiants qui parlent le plus de lieux de projets, ils sont aussi les plus enclins à donner un lieu d"attachement, avec les cadres. Il ya une réflexion intéressante à porter ici en croisant ces réusltats avec la théorie de la classe créative de Florida.

Pour aller plus loin sur les réflexions hypermodernes, l'individualisme contemporain :

" Donner un lieu d’attachement est plus le fait de personnes vivant seules, d’étudiants, de personnes ayant investi dans un endroit (propriétaires), ou de milieu social aisé, ou encore ayant connu une forte mobilité. Le lieu de projet est surtout le fait des moins de 50 ans, des personnes n’ayant pas d’attache matérielle ou professionnelle, et des personnes qui ont effectué leur parcours en milieu urbain."


Travail d'un grand intérêt, j'y reviendrai après l'avoir un peu mûri...



Guérin-Pac F. (2006), Lieux habités, lieux investis :  le lien au territoire,  une composante identitaire ? , Économie et statistique, n° 393-394, 2006, pp. 100-114
Par boris maynadier
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