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Lyon

"Be you, be here", "ONLYLYON lance une campagne de communication internationale" annonce laconiquement le dossier de presse concocté par DDB Nouveau Monde (merci Aline).

C'est très surprenant de voir une ville, tout à fait pionnière en matière de "city branding", proposer ce type de campagne après avoir misé sur un registre très différent depuis son lancement. C'est que, après son lancement en 2007, la marque lassait augurer d'un travail en profondeur sur une dimension très relationnelle. En termes de brand management, on parle de "communauté de marque" : une sorte de "club", ici structuré autour d'ambassadeurs. La marque se proposait alors à deux types de parties prenantes, les institutions et les entreprises (deux des instances du schéma ECI). Cette approche continue, semble-t-il avec beacoup de succès.



L'ADERLY (agence de développement économique) semble  porter une vision stratégique intéressante avec son approche relationnelle. Elle peut être discutée sur certains points (le ONLY est très excluant, alors qu'une métropole doit inclure...), mais elle a le mérite d'exister, et de faire vivre le territoire, de proposer aux instituions diverses et aux entreprises un modus vivendi partagé. La communauté d'ambassadeurs se présente comme une marque "en acte", et ne s'arrête pas aux discours. Jusqu'à ce que... une stratégie publicitaire soit mise en place (été 2009), laissant apparaître un flou stratégique inattendu. 
L'objectif de la publicité est de toucher une partie prenante manquante : des citadins, habitants potentiels de Lyon. J.-M. Daclin, Adjoint au Maire de Lyon annonce dans le dossier de presse : "l'enjeu principal de la ville de demain, c'est son rapport à l'humain. C'est parce qu'elle ets capable d'offrir à l'homme un cadre de vie où il peut se réaliser dans tous les domaines qu'une ville réussira. Lorqu'une ville attire les hommes et les femmes, elle attire les talents, elle attire les entreprises." (en savoir plus sur le site de ONLYLYON)

Et là... Pour un discours si imprégné de la théorie de la classe créative, (ici) la représentation de la ville et de la relation humaine paraît un peu trop hétéro (et l'indice gay de Florida ?), so romantique, un peu parisienne peut-être. "Ici révélez-vous" semble aussi trop peu spécifique, alors que le dossier de presses annonce : "la campagne qui ose afficher l'identité de Lyon". L'usage des clichés français pour étrangers présumés incultes risque de ne pas tout à fait remplir cet objectif. Mais à chacun d'interpréter.

Reste que, pour attirer des habitants, séduire une classe créative ou non, il y a de quoi être un peu sceptique, sans même évoquer le choc esthétique entre le logo et la photographie... Pour le dire simplement, je ne crois pas beaucoup à la force des discours publicitaires pour attirer des citadins. L'exercice est très difficile pour les publicitaires, car il est quasi-impossible de dire correctement la ville, de la représenter, sans tomber dans le cliché. De plus, pour attirer des habitants, cette stratégie me semble plutôt inéfficace (qui choisit son lieu de vie sous influence d'une publicité ?). Mais peut-être le véritable objectif de cette campagne est-il ailleurs...


Par boris maynadier
L'hypermodernité urbaine semble bien se caractériser par une évolution des villes à la fois très rapide et mondiale. J'avais déjà évoqué le cas de Songdo City, près de Séoul, projet titanesque de création d'une ville à partir de (presque) rien, cherchant à reprendre le "meilleur" des grandes cités du monde entier (Central Park de NY, canaux de Venise et architecture de Sydney).

Depuis peu, c'est le cas de Dubaï qui fait l'actualité, avec la ville de Lyon. Un quartier de la première serait en voie de construction, inspiré par la seconde : Lyon à Dubaï, sur quelques 300 hectares. Le projet devrait voir le jour en 2012 ou 2013. Côté budget, les sources sont un peu confuses...

Si je rapproche le projet de Dubaï de celui de Songdo, c'est parce qu'on peut observer une certaine similarité dans la démarche : "importer" une ville, son esprit, ses valeurs, son architecture, son style de vie (je reprends ici certains termes utilisés par M. Collomb, Maire de Lyon, au sujet du projet).

On imagine certaines limites au projet : un quartier de Lyon en climat désertique, un Lyon sans Lyonnais (comment retrouver les trois types d'acteurs institutionnels / citadins / économiques ?)... Mais déjà les responsable se défendent de vouloir produire un "pastiche" kitsch :

“L’idée ce n’est pas de faire un pastiche de Lyon façon Las Vegas, souligne Jean Paul Lebas, urbaniste chargé du projet. Ce sera une architecture contemporaine mais le tissu urbain sera lyonnais.”

“Nous sommes flatté d’inspirer Dubaï et d’insuffler une certaine atmosphère lyonnaise, un style de vie empreint d’humanisme”
Gérard Collomb (sources : conférence de presse)

Faute d'en savoir plus, il est difficile d'imaginer comment reproduire un quartier de Lyon à Dubaï sans entrer dans une stratégie d'imitation, et comment imiter sans faire du kitsch... Peut-être une voie se dessine-t-elle cependant :

«Il ne s'agit pas de reproduire les bâtiments et de faire un Lyon en carton-pâte mais de restituer une atmosphère urbaine avec des lieux culturels et des boutiques au cœur de la ville, des transports en commun, une mixité sociale, des rues et des ruelles»

« il n'y aura pas de bâtiments Haussmann, pas de reproduction de Fourvière ou du quartier Saint Jean, mais une façon d'organiser la ville à l'européenne»
Jean-Paul Lebas

Les échanges entre les villes, sportifs (OL), universitaires (EM), culturels et économiques donnent de la consistance à l'ensemble qui, sinon, pourrait paraître très superficiel. La stratégie est-elle politique ? Si il a une dimension politique, le projet ne s'y réduit pas :

"Ce projet fait davantage partie de l'identité de la ville
que d'une stratégie électorale"
Jean-Paul Lebas


Lyon (candidate pour devenir Capitale Européenne de la Culture 2013) a raison d'entrer de plain-pied dans la nouvelle modernité urbaine, malgré le côté expérimental de la chose. C'est une modernité où, semble-t-il, les villes vont bouger. Elles vont être des moteurs. Elles vont se déplacer. Essaimer...

Lyon à Dubaï, c'est un style de vie, des valeurs, une personnalité, bref, un univers de sens (donc sémiotique) qui voyage. Cela peut-il réussir ? Il semble que oui. Les villes sont en train de prendre de l'indépendance vis à vis de leur localisation géographique. Dans une certaine mesure.



Qu'est-ce qu'une ville ? Un lieu, de la géographie pure ? Ou une idée, un projet, une système de valeurs, un style de vie, un ethos ? Lyon répond à sa manière.

C'est là en partie ce que peut permettre une marque pour une ville : ne pas se limiter à la géographie, mais se connaître comme un univers de sens. Il ne s'agit pas de faire de la ville une abstraction, au contraire, la ville reste quelque chose de très concret : une architecture, des pratiques, des couleurs, des odeurs... qui ensemble font un style, une identité particulière et apte, parfois, à s'émanciper de sa géographie.

Le monde change, et ce ne sont peut-être là que folles spéculations, mais...
Par boris maynadier
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