Dimanche 27 août 2006 7 27 /08 /Août /2006 16:14
"(...) dans l'idée que je m'en faisais, la vraie ville, la fourmillante cité, cité pleine de rêves, n'atteignait à la dignité du plein exercice que si elle dépassait le vrai seuil de l'Être, suil où la quantité se transmuait brusquement en qualité (...)"

Parce que "la forme d'une ville change plus vite, on le sait, que le coeur d'un mortel" (Gracq reprenant Baudelaire), on peut la laisser passer devant soi, la ville, sans la voir pencher et se redresser, et sa forme changer et changer encore, et se métamorphoser avec les temps, et ne plus ressembler à celle que l'on a connue, que l'on a quittée ; et quand on y revient, à la ville, comme Gracq, alors il faut bien se rendre compte, même si ça coûte, même si c'est une petite mort, que la ville n'est pas, que la ville n'est rien mais qu'indubitablement la ville sans cesse devient.
Par boris maynadier - Publié dans : Les mots de la ville
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Dimanche 27 août 2006 7 27 /08 /Août /2006 16:03
"Il vient à l'homme qui chevauche longtemps au travers de terrains sauvages, le désir d'une ville".
Peut-être trouverez-vous alors, à la croisée des chemins, Zora ou Anastasie, ou bien encore Sméraldine, et peut-être aurez-vous envie de la connaître mieux et peut-être même aurez-vous envie de rester avec elle. Si cela se produit, c'est que comme Marco Polo vous serez tombé amoureux d'une ville, ou comme moi vous aurez lu Calvino.
Par boris maynadier - Publié dans : Les mots de la ville
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Dimanche 20 août 2006 7 20 /08 /Août /2006 13:00
La théorie postmoderne postule la fin des "grands récits" ou "méta-récits" dans le monde contemporain. Ce phénomène aurait pou effet de mettre fin à la modernité, telle qu'elle est née grosso modo pendant la Renaissance et pendant la période dite des Lumières.

Qu'est-ce-qu'un grand récit, demanderez-vous ? C'est en réalité assez simple : il s'agit des structures de la société, comme les institutions (l'État), la famille comme structure sociale de base, la foi dans le progrès et dans la science, la croyance dans la paix universelle, la justice, la raison, l'amour, etc.

Les postmodernes annoncent, en simplifiant à l'extrême, la fin de ces structures. Et par là, ils annoncent la fin de la modernité.

Les postmodernes ont raison sur un point : quelque chose a changé, les structures ne sont plus celles du XIXème siècle, l'optimisme des lumières n'est plus d'actualité.
Les postmodernes se trompent sur un point : cela ne signifie pas pour autant la fin de la modernité, les grands récits se transforment, mais ne disparaissent pas.

Je pense que l'approche hypermoderne du monde contemporain est plus efficiente pour décrire le monde que le postmodernisme. le monde n'est pas moins moderne, il l'est de plus en plus, mais différemment.

François Ascher (1995, 2004) (plus ici) montre quelques caractéristiques du capitalisme cognitif et ses effets sur l'urbanisme, la structure hypertexte qui se met en place.
Gilles Lipovetsky (2004, 2006) met en évidence les caractéristiques hyper-individuelle de la société de consommation et de désir, octroyant au marketing son rôle moteur dans cette hypermodernisation. La société d'hyperconommation se dit heureuse, mais est pleine d'angoisses et de stress et reste attachée à des valeurs comme l'amour ou la démocratie ou les droits de l'homme.
Pierre-André Taguieff (2004) dissèque avec minutie le grand discours du progrès et nous met sous les yeux sa métamorphose profonde et non sa disparition.
Richard Florida (2002, 2004, 2005), avec peut-être quelques excès, s'enthousiasme pour la nouvelle place que tient la créativité dans les processus éconmiques des territoires, villes ou pays (classe créative).

Les auteurs sont nombreux, qui se réclamnent de l'hypermodernisme ou pas, qui en apportent une définition de plus en plus précise.

Références
    Ascher F. (1995), Métapolis, ou l'avenir des villes, Odile Jacob, Paris, 2002
    Ascher F. (2004), La société hypermoderne, ou Ces événements qui nous dépassent, feignons d'en  être les organisateurs, L'aube, Paris, 2004
    Florida R. (2002), The rise of the creative class... and how it's transforming work, leisure, community,  & everyday life, Basic Books,  New York, 2004
    Florida R. (2004), The flight of the creative class, Harper Business, New York, 2004
    Florida R. (2005), Cities and the creative class, Routledge, New York, 2005
    Lipovetsky G. (2004), Les temps hypermodernes, Grasset, Paris, 2004
    Lipovetsky G. (2006), Le bonheur paradoxal, Essai sur la société d'hyperconsommation, Gallimard, 2006
    Taguieff P.-A. (2004), Le sens du progrès, une approche historique et philosophique, Flammarion, Paris, 2004
Par boris maynadier - Publié dans : hypermodernité
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Jeudi 17 août 2006 4 17 /08 /Août /2006 16:31
Songdo est un projet incroyable : une ville construite sur fonds privés, 25 milliards de dollars investis jusqu'en 2014 (site).

Située à 60 km environ de Séoul, la ville a pour vocation à supporter le développement business très fort de la Corée. La ville est positionnée comme la "porte vers l'Asie du Sud-est".

Elle est aussi la ville de "l'ubiquité", U-city : les liaisons et réseaux numériques sont développés au point que vous pouvez être partout en étant n'importe où dans la ville. Vidéo-conférences avec les voisins, réunion business de chez soi, etc.

Et la ville est conçue comme une marque, dans le but de séduire les hommes d'affaires du monde entier. La ville n'est pas réellement conçue pour les coréens, mais plutôt pour les business-tourists qui rapportent tant.

Le projet en est à ses débuts (en termes de réalisation), mais la marque est constituée, et le moins que l'on puisse dire c'est que c'est surprenant.

"Songdo réunit le meilleur des villes du monde entier". Il y aura à Songdo, des bâtiments qui ressemblent à ceux de Sydney (Opera House), un "Central Park" comme à New York et des canaux comme à Venise.


Certes, construire une ville de toutes pièces, donc sans histoire, est difficile. Mais on peut se  demander si un tel patchwork ne revient à confisquer toute possibilité de développer une personnalité propre.



Le concept d'ubiquité semble soutenir le projet d'ensemble de ville d'affaires, combinant les "meilleurs" éléments des villes du monde entier. Être partout à la fois, grâce à une ville qui est un réseau en elle-même et en réseau avec le reste du monde. De quoi attirer les sièges sociaux des grandes entreprises mondiales ? De quoi séduire leurs managers de haut niveau ?
Par boris maynadier - Publié dans : Songdo
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Mardi 15 août 2006 2 15 /08 /Août /2006 17:00
L'émergence de la créativité comme valeur centrale de nos sociétés hypermodernes, décrite par Florida, est critiquée, parfois à juste titre, cependant...

L'auteur nous met sous le nez quelque chose d'important. Cette créativité définit une bonne part de nos activités et engendre de nombreux bouleversements socio-économiques.

En bon économiste, Florida met en avant un point essentiel pour lui : ce qui change réellement, c'est que la créativité est désormais profondément installée dans l'économie, au sein des entrteprises. Pour lui, tout le monde est créatif, il le répète dans tous ses bouquins, mais ce qui définit la classe créative est la mise en oeuvre de cette créativité au sein d'une activité rémunérée : il faut gagner sa vie avec.

Donc, dans cette approche, il néglige complètement la créativité hors travail professionel. C'est vrai, alors il faut prendre la théorie de Florida pour ce qu'elle est : une théorie économique et non sociologique.

Voilà ce que l'on peut dire : l'économie s'est transformée et la créativité en fait désormais intrinsèquement partie, de manière, semble-t-il, irréverssible.

Florida le montre plutôt bien. Il faut en tenir compte.

Mais le piège énorme, que tout le monde aura vu, est de faire la ville pour les 30% de la population que représentent en général cette population. Et oublier les autres. L'erreur serait fatale : vouloir attirer la Classe Créative et négliger les autres.

Il faut comprendre que, d'un point de vue sociologique, cette créativité dépasse le cadre profesionnel, que de très nombreuses personnes ont des activités créatives pendant leurs loisirs, font partie d'associations...

Bref, le point de vue économique me paraît aller dans la bonne voie, mais il est insuffisant. Vivement que les sociologues s'intéressent sérieusement à la question.

La classe créative, d'un point de vue économique, socioprofessionel, existe. Elle peut être clairement définie. Les indices qu'utilise Florida pour la comprendre et les conclusions qu'il en tire pour la gestion des villes sont moins convaincants.

Ce que l'auteur met aussi en avant, c'est l'importance d'une sorte d'état d'esprit créatif qui peut règner dans un pays ou une ville. L'importance des investissements dans l'éducation et la recherche. L'importance d'un climat général positif. Et là, en France, tant que nos politiciens et médias joueront la carte de la peut et de la répression, rien ne sera possible, car rien ne bride mieux la créaticité que la peur.
Par boris maynadier - Publié dans : hypermodernité
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