Mardi 20 février 2007 2 20 /02 /Fév /2007 08:19
L'idée qu'une ville puisse devenir une marque ne va pas de soi.

Pour certains, toute ville est de facto une marque : elle a une image, une notoriété, elle bénéficie en général d'un système de représentation constitué au minimum d'un nom et d'un logotype ou d'armoiries (étude ici et ). La ville serait donc une marque.

Pour d'autres, la ville ne peut pas être une marque, la jonction des deux termes leur semble dissonnante : les marques relèvent de l'univers marchand, elles ont une vocation commerciale forte. la ville n'étant pas un objet à vendre, il n'y a aucune raison pour qu'elle devienne une marque.

Ces deux points de vue relèvent de conceptions de la marque que l'on peut remettre en question. D'un côté la marque se résume à un ensemble d'éléments (logo, nom) et de leur perception (image) ; de l'autre elle est définie par ses objectifs : en général commerciaux.

Or la marque ne peut se résumer à ces éléments.
De mon point de vue, la marque est un mode d'organisation du sens. La marque est générée (schéma génératif de la marque de ville)  à partir de valeurs qui sont thématisées puis exprimées. Je me réfère là à une approche sémiotique de la marque.
Comme mode d'organisation du sens, la marque a besoin d'éléments comme un nom ou un logo, mais elle ne s'y réduit absolument pas : un logo ou un nom sont l'expression d'un système de valeurs.
Les marques marchandes ont montré le potentiel et la puissance de ce mode d'organisation du sens, cependant les marques peuvent aussi servir des entités non marchandes. En effet, la question n'est pas celle des objectifs de la marque, mais de sa configuration.

Cela signifie aussi qu'une ville peut avoir une image, une notoriété, sans pour autant être une marque, ou en l'étant très peu : la ville est une marque lorsqu'elle exprime un système de valeurs à travers des actions cohérentes qui émanent de ces valeurs.

La ville n'est pas une marque "par nature", mais elle peut le devenir. Elle peut organiser ses discours et ses actions dans ce sens, et ainsi bénéficier de la puissance de cette cohérence. Mais cela demande des efforts permanents et de comprendre la complexité intrinsèques des cités hypermodernes. La ville peut alors créer de véritables stratégies de marques, ainsi que des déclinaisons (voir Besançon)

(Photos de David Cousin-Marsy, publiées avec son aimable autorisation, ici pour en voir plus)
Par boris maynadier - Publié dans : Organisation du sens
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Jeudi 8 février 2007 4 08 /02 /Fév /2007 20:15
"J'ai regardé un bon moment cette ville, ses villas et ses jardins d'agrément et le large cercle de ses collines et de ses pentes habitées ; enfin je finis par me dire : je vois des visages issus de générations passées, - cette contrée est couverte d'hommes intrépides et souverains. Ils ont vécu et ils ont voulu prolonger leur vie - c'est ce qu'ils me disent avec leurs maisons, construites et ornées pour des siècles, et non pour l'heure furtive : ils aimèrent la vie, elle qui fut souvent mauvaise à leur égard. J'ai toujours devant les yeux celui qui a bâti, je vois comment son regard se pose sur tout ce qui l'environne de près ou de loin, sur les bâtiments, sur la ville, sur la mer et la ligne de montagne, et je vois son regard exercer sa force en conquérant. Il veut soumettre tout cela à son plan et finir par en faire sa propriété. Un superbe égoïsme, une insatiable envie de possession et de butin règne sur un pays tout entier ; et tout comme ces hommes ne reconnaissaient pas de frontière dans leurs expéditions lointaines, plaçant dans leur soif de la nouveauté un monde nouveau à côté d'un monde ancien, de même chez eux, dans leur petite patrie, chacun se révoltait contre chacun, chacun inventait une façon d'exprimer sa supériorité et de placer entre lui et son voisin son infini personnel. Chacun conquérait à nouveau sa patrie pour son compte particulier en la subordonnant à son architectonique, en la transformant de sa propre maison en un plaisir des yeux. Ce qui frappe dans le Nord lorsque l'on regarde l'ordonnance des villes, c'est la loi et le plaisir de la contrainte : on devine là cette propension à l'égalité et à la soumission qui doit avoir dominé l'âme de tous ceux qui construisaient. Mais ici vous trouverez à chaque coin de rue un homme à part qui connaît la mer, les aventures et l'Orient, un homme qui est mal disposé à l'égard de la loi et du voisin, comme si c'était là une espèce d'ennui, et qui mesure avec un regard d'envie tout ce qui est vieux et de fondation ancienne ; la merveilleuse rouerie de son imagination lui permet de refonder tout cela, ne fût-ce qu'en pensée, y appliquer sa main, y mettre son interprétation - ne fût-ce que pour l'instant d'une après-midi de soleil, où son âme insatiable et mélancolique se trouve pour une fois comblée et où son oeil ne peut plus voir que des choses qui lui appartiennent et non plus des choses étrangères."
Nietzsche, Le Gai Savoir
Par boris maynadier - Publié dans : Les mots de la ville
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Vendredi 2 février 2007 5 02 /02 /Fév /2007 16:10
Coût du logo de Nantes (conçu par Dragon Rouge) : 40.000 €

Coût de création du logo de Nantes-Métropole : 26.000 €

Logo de la Seine Maritime : facturé 24.000 €



Logo de Rhône-Alpes : 73.000 € pour la création, 300.000 € de mise en place et une campagne de 850.000 €


Bruxelles a prévu un budget de 80.000 € pour son nouveau logo.

Source : designineurope 06
Par boris maynadier - Publié dans : Actus et liens
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Samedi 27 janvier 2007 6 27 /01 /Jan /2007 18:16
Les acteurs de la ville gagnent à travailler avec les historiens : ces derniers sont parmi les mieux à même d'exprimer l'identité d'une ville, tant elle se construit dans le temps.

Il en va ainsi de Marseille, dont parle François Ruffin dans le Monde diplomatique de janvier : Marseille est une frondeuse. Sa valeur la plus précieuse est sûrement la liberté, qu'elle défend à sa manière, parfois dans l'agitation.

Marseille la frondeuse : voilà de quoi faire une belle marque, fondée sur l'émancipation, et l'idée que la démocratie vient d'en bas et pas d'en haut. Pour comprendre cela, il faut s'intéresser au travail d'Aléssi Dell'Umbria qui propose une "Histoire universelle de Marseille. De l'an mil à l'an deux mille", chez Agone. Marseille la frondeuse, c'est le fruit de l'histoire d'une ville et d'une personnalité qui s'affirme.

Cette fronde est avant tout le fait de la population de la ville, de son instance citoyenne. Que dire alors des dirigeants municipaux qui veulent "épurer Marseille, qui en a bien besoin" (Pierre Laval en 1943), qui affirment que "Marseille est incurable à jamais, à moins d'une déportation massive de ses habitants et d'une transfusion d'hommes du nord" (Louis Féron, proconsul de la Convention) ou encore Jean-Claude Gaudin : "On a besoin de gens qui créent de la richesse. Il faut nous débarrasser de la moitié des habitants de la ville. Le coeur de la ville mérite autre chose." Ces citations sont issues de l'ouvrage Psychogéographie, de d'Agata et Le Dantec, reprises par Ruffin.

Faire de Marseille une marque, ce serait affirmer son identité, la rendre évidente, sûrement pas s'y opposer. Marseille la frondeuse peut faire son bout de chemin dans l'hypermodernité sans lisser sa personnalité tout en étant une ville agréable, attractive, attachante et vivante. Mais avec les tendances actuelles de l'urbanisme, on peut légitimement se demander si Marseille va rester cette frondeuse historique.
Par boris maynadier - Publié dans : Marseille
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Jeudi 25 janvier 2007 4 25 /01 /Jan /2007 15:51
La ville de Besançon a créé en 2006 une marque pour son eau municipale. Elle s’appelle « La Bisontine ». Signature : « L’eau par la Ville de Besançon ».


La marque est déclinée dans une campagne de communication qui a eu lieu de mars à mai 2006 dans la ville. Elle a été jusqu’à proposer une carafe d’eau marquée aux couleurs de La Bisontine, déclinaison de la marque de la ville (marque mère / fille – valeur de caution).

La marque au service de la collectivité
Les services publics, tout ce qui est de l’ordre du public a aujourd’hui grand besoin d’être valorisé sur le plan du symbolique et de l’imaginaire, sur le plan de la marque. Les villes, les services municipaux, doivent se défendre, dire qu’ils existent et affirmer leur identité sous peine de perdre un jour ou l’autre cette spécificité : être public.

Il faut bien se dire que les marques et le marketing ne sont pas réservés à la sphère commerciale, marchande et privée. Les gestionnaires, les décideurs du public, les politiques doivent s’approprier ces techniques. La marque n’est pas politique, le marketing n’est pas politique, ils sont au service de prises de position politiques. La gestion de marque n’est ni de gauche ni de droite. Elle n’a pas de contenu en elle-même. Pas d’idéologie. Un service public peut devenir légitimement une marque. N’importe quel gestionnaire peut en faire bon ou mauvais usage. Cela veut dire que le marketing et le branding ne sont pas politiques par essence, mais le deviennent en fonction de l'usage.

Les marques publiques doivent exister si elles ne veulent pas devenir privées, rachetée par défaut de puissance symbolique. Mais elles ne doivent pas exister pour se faire racheter, comme on le voit des grandes compagnies nationales (les entreprises de l'énergie, de la mobilité, de la communication) qui créent des marques dans le but de séduire les investisseurs. Il existe une place pour les marques publiques, et les autorités publiques devraient tenir compte de cette valeur – qui peut exister sur le plan comptable grâce à la notion de brand equiety, la valeur financière de la marque.


Besançon devient une marque
La municipalité de Besançon montre que la ville peut s’affirmer comme fournisseur d’un service public de qualité, certes, mais aussi porteur de sens. Le sens. C’est cela qui compte aujourd’hui. Le sens et l'émotion. On pourra toujours bassiner les gens avec la super qualité de l’eau qui jaillit de leur robinet, ce n’est pas cela qui les empêchera de s’en méfier, de ne pas aimer son goût et de se ruer vers les eaux de source ou les eaux minérales. Parce que la question n’est pas (ou pas uniquement) celle, rationnelle, de la qualité objective du produit ou du service, mais celle, plus affective et émotionnelle, du sens que cette consommation prend. Besançon essaie de donner du sens à la consommation de l’eau de la municipalité, et c’est très intelligent – même si l’argumentation publicitaire reste encore assez factuelle. La ville réussit à ne pas être ennuyeuse et à adopter des codes contemporains efficaces, ce qui est assez rare dans le cas des tentatives de branding public. Cependant, il ne fait pas oublier qu'une marque se construit dans le temps, ce dont La Bisontine ne semble pas bénéficier, c'est dommage.

Robinet versus bouteille
La Bisontine résonne particulièrement avec l’actualité publicitaire de ce début d'année 2007 : la marque Cristaline se positionne comme concurrente directe de l’eau du robinet. Si le service public peut se défendre face aux marques commerciales, cela doit se faire sur le plan de la marque, c’est-à-dire de l’affirmation et de l’expression, d’une identité, d’une mise en relation avec des usagers, etc.

Sinon, on va voir les politiques (indignés, mais bien contenst d'avoir quelque chose à dire...) sortir de leur trou pour défendre les services publics dès qu’ils sont attaqués par la moindre campagne de publicité : et ils le font en général avec des arguments maladroits. Si le service municipal de l'eau n'était pas symboliquement si faible, il n'aurait pas besoin d'être défendu face à la petite campagne de Cristaline, qui touche les faiblesses de l'eau du robinet dont personne ne se préoccupe vraiment : il convient de lui donner sa place face aux marques commerciales.
Par boris maynadier - Publié dans : Besançon
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