Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /2009 18:43
"Be you, be here", "ONLYLYON lance une campagne de communication internationale" annonce laconiquement le dossier de presse concocté par DDB Nouveau Monde (merci Aline).

C'est très surprenant de voir une ville, tout à fait pionnière en matière de "city branding", proposer ce type de campagne après avoir misé sur un registre très différent depuis son lancement. C'est que, après son lancement en 2007, la marque lassait augurer d'un travail en profondeur sur une dimension très relationnelle. En termes de brand management, on parle de "communauté de marque" : une sorte de "club", ici structuré autour d'ambassadeurs. La marque se proposait alors à deux types de parties prenantes, les institutions et les entreprises (deux des instances du schéma ECI). Cette approche continue, semble-t-il avec beacoup de succès.



L'ADERLY (agence de développement économique) semble  porter une vision stratégique intéressante avec son approche relationnelle. Elle peut être discutée sur certains points (le ONLY est très excluant, alors qu'une métropole doit inclure...), mais elle a le mérite d'exister, et de faire vivre le territoire, de proposer aux instituions diverses et aux entreprises un modus vivendi partagé. La communauté d'ambassadeurs se présente comme une marque "en acte", et ne s'arrête pas aux discours. Jusqu'à ce que... une stratégie publicitaire soit mise en place (été 2009), laissant apparaître un flou stratégique inattendu. 
L'objectif de la publicité est de toucher une partie prenante manquante : des citadins, habitants potentiels de Lyon. J.-M. Daclin, Adjoint au Maire de Lyon annonce dans le dossier de presse : "l'enjeu principal de la ville de demain, c'est son rapport à l'humain. C'est parce qu'elle ets capable d'offrir à l'homme un cadre de vie où il peut se réaliser dans tous les domaines qu'une ville réussira. Lorqu'une ville attire les hommes et les femmes, elle attire les talents, elle attire les entreprises." (en savoir plus sur le site de ONLYLYON)

Et là... Pour un discours si imprégné de la théorie de la classe créative, (ici) la représentation de la ville et de la relation humaine paraît un peu trop hétéro (et l'indice gay de Florida ?), so romantique, un peu parisienne peut-être. "Ici révélez-vous" semble aussi trop peu spécifique, alors que le dossier de presses annonce : "la campagne qui ose afficher l'identité de Lyon". L'usage des clichés français pour étrangers présumés incultes risque de ne pas tout à fait remplir cet objectif. Mais à chacun d'interpréter.

Reste que, pour attirer des habitants, séduire une classe créative ou non, il y a de quoi être un peu sceptique, sans même évoquer le choc esthétique entre le logo et la photographie... Pour le dire simplement, je ne crois pas beaucoup à la force des discours publicitaires pour attirer des citadins. L'exercice est très difficile pour les publicitaires, car il est quasi-impossible de dire correctement la ville, de la représenter, sans tomber dans le cliché. De plus, pour attirer des habitants, cette stratégie me semble plutôt inéfficace (qui choisit son lieu de vie sous influence d'une publicité ?). Mais peut-être le véritable objectif de cette campagne est-il ailleurs...


Par boris maynadier - Publié dans : Lyon
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Vendredi 22 mai 2009 5 22 /05 /2009 19:52
Dans le Marketing Magazine n°129 (mars 2009) on revient sur la notion de city branding, avec exemples et interviews "d'experts". L'article est en ligne, et accessible ici.

"«I'amsterdam», «Lond-on», «Only Lyon»... Pour attirer habitants, touristes ou investisseurs sur leur territoire, les villes s'inspirent des stratégies des marques. elles définissent leur positionnement, créent un logo ou un slogan, affinent leur communication pour «vendre» un produit pas comme les autres."

Béatrice HERAUD


Par boris maynadier - Publié dans : Actus et liens
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Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /2009 11:10
3 ans et quelques mois de travail intensif
1 étude de cas recherche-action (merci Maurice - branding my city)
des kilomètres entre Toulouse et Nantes (voiture, train, avion raté)
506 pages pour le document final
30 heures (+) d'entretiens - transcrits, plus de 350 pages
des heures et des heures de discussions avec des gens passionants, ouverts et intelligents
des moments innombrables de doutes (toujours, il paraît que ça fait partie de l'esprit scientifique)
des moments de jubilation (quand ça avance, un chercheur ça trouve aussi)
9 cahiers de journal de terrain (100 pages chacun)
de multiples versions révisées et amendées
3 autres chercheurs mobilisés sur la méthode (Fatim, Laurent, Karim, merci encore)

Et...
voici un résumé de mon travail doctoral sur la marque de ville, en quelques lignes.

Résumé : Les villes développent désormais des marques, dans un monde hypermoderne qui ne cesse de s’urbaniser. La métropolisation, corrélative d’un gain d’autonomie des cités contemporaines, permet d’envisager leur gestion par la marque. C’est ce phénomène que cette thèse se propose d’étudier. La question posée est celle du sens de la ville et de sa gestion grâce à cette notion de marque, développée dans l’univers marchand. Aussi, c’est par un cadre conceptuel sémiotique que la génération de la marque de ville est abordée ici. L’étude se fonde, dans une perspective constructiviste, sur un design de recherche double, qui met en jeu d’un côté des entretiens qualitatifs de type récit de vie et, de l’autre, une étude de cas qui se déroule sur le mode de la recherche-action. L’étude met en perspective, d’un point de vue managérial et académique, les modalités de construction du sens de la marque d’une ville. L’importance des projets de vie est notamment montrée, dans le choix d’une ville comme lieu de vie. La thèse propose en outre un modèle de la marque de ville, destiné aux chercheurs et managers, notamment comme aide à la gestion.

Mots-clefs : marque de ville ; sémiotique générative ;  hypermodernité ; constructivisme ; récits de vie ; étude de cas ; recherche-action ; marketing territorial


Abstract : Nowadays cities develop brands, in a hypermodern world which keeps on urbanizing. The metropolisation is correlative to a gain of autonomy of the contemporary cities, and allows their management by branding them. This phenomenon is studied in this thesis. The meaning of the city, and of its management by the brand, which has been developed in the commercial sphere, is central to this study. So, the generation of a brand by a city is studied through a semiotic frame. The thesis is based, in a constructivist perspective, on a double research design, which implies narrative interviews and an action-research based case study. The study proposes, from an academic and managerial point of view, ways of building the meaning of a city brand. The importance of life projects is shown, as cities are chosen as living places. The thesis suggests a city branding model as a management assistant for researchers and managers.

Key-words: city branding; generative semiotics; hypermodernity; constructivism; narrative interviews; case study; action-research; place marketing



Par boris maynadier - Publié dans : Actus et liens
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Dimanche 5 avril 2009 7 05 /04 /2009 18:37
Le "city branding" est une démarche  récente. On peut observer les prémisces du phénomène au début des années 2000. Quelques papiers de recherche qui abordent la question, plutôt timidement, apparaissent à la fin des années 1990 ; mais, avant ça, on ne parle de marque que comme un logo, un sous-élément du marketing mix et de sa communication. Le plan va alors du postionnement marketing au postionnement communication, dont dépend la "marque", alors réduite à bien peu de choses. Et, soyons clairs, un logo, si réussi soit-il, n'a jamais changé à lui seul le destin d'une ville.

Ce qui change au début des années 2000, c'est le passage du marketing de la ville à la marque de ville. La question peut paraître confuse : la marque n'est-elle pas du marketing ? Oui, au départ en tout cas. Pour faire simple, il s'agit de renverser le principe du marketing mix classique, et d'inféoder certains moyens, marketing ou autres (e.g. urbanistiques, architecturaux), à un projet de marque, lequel projet de marque doit entrer en résonance avec un projet de territoire plus global.

S'il y a une "nouveauté" à chercher dans le "branding" par rapport au "marketing", elle est là, et elle n'est pas mineure, car, du coup, c'est la notion de projet qui est au centre. Dans ma perspective, il s'agit du travail sur le "sens". Le projet de marque guide les éléments du marketing (et d'autres) et non l'inverse. C'est intéressant parce qu'un projet de marque est plus complexe, plus ouvert, plus sensibles aux questions culturelles et sociales qu'un positionnement marketing. Un projet de marque est dynamique, il est le fruit d'une intention affirmée, alors qu'un positionnement est une "case dans un cerveau". De mon point de vue, la notion de positionnement n'a pas beaucoup d'intérêt (conception un peu simpliste de la psyché humaine) face à celle de projet (notion très typique de la théorie hypermoderne).


Ce que je souhaite introduire ici, c'est une petite perspective chronologique de la construction théoriques du champ :

- début des années 2000, émergence de la notion de marque de ville

- 2002, numéro spécial "place branding" du Journal of Brand Management, édito de Anholt

- 2004, création par le même Anholt, de la revue Place Branding

- de 2002 à 2009, des papiers disséminés dans diverses revues de recherche. En général, ces revues ne comptent pas parmi les mieux classées (rangs B ou C au classement scientifique AERES). Je crois que le champ n'a pas encore révélé toute son importance. Il faudra étudier notamment, d'une part, ce en quoi il constitue une évolution importante du marketing (la ville pose des questions spécifiques) et, d'autre part, ce qu'il est susceptible d'apporter à la gestion de la ville (sa modernisation). Mais pour ça, il faudra arriver à se débarrasser la fausse question de l'image de marque, de l'image des ville, j'y reviendrai plus tard, mais c'est essentiel.

- Entre-temps, de 2000 à 2009, les pratiques se développent largement, parfois de manière un peu maladroite... Voir les exemples sur ce site ou ailleurs (au passage, un nouveau site à voir : branding my city ; et aussi une réflexion en construction sur la marque à venir de Paris : space branding).

Quelques précisions aussi dans la bibliographie restreinte, ici.


Depuis le milieu des années 2000, signe de développement du champ, des revues professionnelles ou plus généralistes s'intéressent au phénomène. Par exemple, ce papier dans la revue Marketing Magazine (mars 2009). Bientôt (cet été) un numéro de la très bonne revue Futuribles dédié l'avenir des villes européennes (et coordonné par Jean Haentjens, économiste et urbaniste), proposera un papier sur la marque de ville, avec des implications théoriques plus importantes.
Par boris maynadier - Publié dans : Actus et liens
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Jeudi 8 janvier 2009 4 08 /01 /2009 20:19
En partant de là et en allant trois jours vers le levant, l'homme se trouve à Diomira, une ville avec soixante coupoles d'argent, des statues en bronze de tous les dieux, des rues pavées d'étain, un théâtre en cristal, un coq en or qui chante chaque matin sur une tour. Toutes ces beautés, le voyageur les connaît déjà pour les avoir vues aussi dans d'autres villes. Mais le propre de celle-ci est que si l'on y arrive un soir de septembre, quand les jours raccourcissent et que les lampes multicolores s'allument toutes ensemble aux portes des friteries, et que d'une terrasse une voix de femme crie : hou !, on en vient à envier ceux qui à l'heure présente pensent qu'ils ont déjà vécu une soirée pareille et qu'ils ont été cette fois-là heureux.
Italo Calvino - Les villes invisibles
Dessin de Schuiten
Par boris maynadier - Publié dans : Les mots de la ville
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