Organisation du sens

Mardi 12 décembre 2006 2 12 /12 /Déc /2006 11:29
Gilles Marion (à gauche), Professeur à l'EM LYON-IAE, Université Jean Moulin Lyon 3, écrit un texte dont je reproduis quelques extraits. Son discours est extrêmement proche de la thèse que je soutiens, en appuyant sur l'identité de la ville, le rôle sémiotique de la marque, l'impossibilité de contrôler complètement l'image de la ville, sa co-production, etc.


"Le rôle de la marque/ville est de générer et de diffuser un univers de signification autour de “l’objet ville” : une sorte de machine à signification, de “moteur” sémiotique, si l’on veut bien accepter avec Umberto Eco que la sémiotique est la discipline qui étudie comment le sens est généré et transmis parmi les hommes."

Je renvoie ici à mon schéma génératif.
Ne pas perdre de vue, puisque le Professeur Marion cite le Professeur Eco (à droite), que les marketers ne font pas le sens, mais des objets signifiants. Le sens est construit par le destinataire, dans des limites qui sont celles de l'interprétation. Je reviendrai plus tard sur cette idée, la ville a besoin de signifiants pour faire signe.

"Chaque habitant, commerçant, hôtelier, restaurateur, chauffeur de taxis..., est lui même émetteur de multiples signes comme l’est chaque commentateur, journaliste ou expert. Tous ces acteurs de la communication sont hautement, et c’est heureux pour chacun de nous, incontrôlables par un émetteur central."

Là, je renvoie au schéma ECI que je propose.

"Comme toute marque, une marque/ville est constituée par l’ensemble des discours tenus à son égard par la totalité des sujets (individuels ou collectifs) impliqués dans sa génération."

télécharger le texte ici, j'en conseille la lecture.
Par boris maynadier - Publié dans : Organisation du sens
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Jeudi 16 novembre 2006 4 16 /11 /Nov /2006 17:27
Cet article est le résumé d'un autre, académique, en voie de parution.

J'ai déjà parlé (), brièvement, des représentations héraldiques de la ville : au XIIe siècle, alors que les villes prennent de l'autonomie dans le monde médiéval et elles le montrent. Les villes deviennent des sujets plutôt que de simples objets, elles développent une identité et l'expriment.

Alors bien entendu, en symbolisant cette indépendance nouvelle, ce moment charnière, les villes utilisent les codes de l'époque : les blasons.

Si on met cet épisode en perspective avec le parcours des villes hypermodernes, on dicerne des similitudes. À partir de la fin du XXe siècle, les villes se trouvent à un autre moment charnière où elles ont besoin d'exprimer leur identité et leur capacité de gestion, "d'auto-gestion" (le terme est abusif), en tout cas de prise en main de leur destin. Et là, les signes et techniques de l'époque, ce sont les logos et le marketing.

Bon, voilà, à ce stade, l'histoire se joue entre logos et armoiries, entre un signe médiéval obsolète (au sens sémiotique - nous en avons perdu les clefs de lecture) et les logos hypermodernes. On peut établir une catégorie sémantique :

/logos/ versus /armoiries/

Dans mon travail complet, c'est une analyse structurale de l'histoire des représentations symboliques de la ville qui m'amènent à cette catégorie. J'épargne ici au lecteur ces développements théoriques pour mettre en évidence cette catégorie, j'ai utilisé des schémas narratifs sémiotiques. Elle sera visible dans l'article académique à paraître.

Revenons à la catégorie logos vs armoiries : il s'agit de produire, pour construire un carré sémiotique, leur contraires : /non logos/ versus /non armoiries/ qui sont des hybrides de logos et armoiries.

Qu'est-ce qu'un /non logo/ ?
Qu'est-ce qu'une /non armoirie/ ?

Voilà le sens que je donne à ces catégories (là aussi, je passe les détails de la réflexion) :
Un /non logo/ est la négation de la modernité du logo par l'utilisation de la forme de l'écu qui appelle indubitablement un connoté "historique" et un connoté "institutionnel" des armoiries. Cependant, un /non logo/ n'est pas tout à fait une armoirie, parce qu'il n'en respecte pas les règles strictes de composition. Des marques commerciales comme Nike ou Yahoo ! utilisent des /non logos/ pour s'approprier les connotés "institutionnel" "officiel" et "historique", intéressant pour des marques jugées trop "commerciales" ou "jeunes".



Une /non armoirie/ est la négation des règles de composition strictes des armoiries. Notamment, la forme d'écu est abandonnée. Mais les /non armoiries/ utilisent les figures de l'héraldiques, les dessins qui illustrent les armoiries. Par exemple, le navire de la ville de Paris rappelle celui de ses armoiries, se référant au passé économique, fluvial de la cité. Pourquoi n'est-ce pas un logo ? Parce que le symbole relève encore de l'héraldique est est indéchiffrable pour qui ne connaît l'histoire de la capitale. Le signe n'est donc pas encore tout à fait hypermoderne.



Les armoiries doivent répondre aux règles strictes et explicites de l'héraldique (comme celle ci-dessus).

Les logos ne suivent que des règles de composition implicites et spécifiques à chaque marque.


On obtient le carré sémiotique suivant (je n'ai pas réussi à charger l'image complète, désolé) :

       logos      versus      armoiries


non armoiries
      versus      non logos      


Ce qui est en jeu ici c'est le rapport symbolique des villes à leur histoire et à la modernité. Pour résumer de manière grossière et approximative la symbolique des signes, on peut dire :

un /logo/ est la négation du passé, le regard résolument tourné vers la modernité
les /armoiries/ sont la négation de la modernité, une survalorisation de l'histoire de la ville
les /non armoiries/ sont une approche plutôt moderne, conservant des signes historiques
les /non logos/ sont une approche plutôt tournée vers le passé, bien qu'utilisant des signes modernes.

Je trouve dans cette étude (156 logos/armoiries analysés), que si les villes font très peu appel à des /non logos/, qui symboliseraient un refus de la modernité, certaines entreprises marchandes, comme on l'a vu avec Nike, trouvent un intérêt non négligeable à ce genre de symbole : la forme de l'écu évacue en partie le connoté marchand en le remplaçant par celui de "l'officialité territoriale", la légitimité étant alors autre que commerciale. On retrouve souvent les écus dans le sport, qui renvoient au territoire d'où proviennent les équipes.

Souvent, les villes conservent deux systèmes, des armoires et des logos en même temps, et communiquent même parfois avec les deux symboles, attachées qu'elles sont aux reliques héraldiques. Bien évidemment, ce n'est pas une bonne solution. A ce compte là, mieux vaut doter la ville d'un signe hybride, si on veut conserver des signes historiques du patrimoine de la cité.

Ce que souhaite montrer, c'est qu'en termes de sens, les villes ont la possibilité de manoeuvrer entre les logos et les armoiries. Les symboles héraldiques ne sont pas sans charme, mais sont désuets et difficilement déchiffrables : leurs connotés sont de l'ordre de l'histoire et de l'officialités, mais le sens des figures s'est perdu dans les livres des spécialistes. Pour le reste, tout est une question de choix, il ne faut pas oublier, pour paraphraser Floch, que sous les signes,  il a les stratégies. Et s'il n'y en a pas, cela va se voir...

Par boris maynadier - Publié dans : Organisation du sens
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Mercredi 27 septembre 2006 3 27 /09 /Sep /2006 12:59
Dwight Merunka et Abdoulaye Ouattara proposent un article très intéressant qui vise à poser des bases pour pouvoir parler de marque de ville.

Ils font un constat proche du mien en ce qui concerne les lacunes de la littérature sur la question. Ils mettent aussi en avant la complexité de la notion de la "marque-ville".

Les travaux de Merunka sur la personnalité de marque font sûrement partie de son approche de la marque de ville ; je crois qu'il y a là (c'est la problématique de ma thèse) un travail intéressant à proposer.

Je cite :
"Penser la ville comme une marque est  aussi une révolution des esprits pour toutes les parties prenantes. Cela peut aider à réviser les  cadres d’analyses et à déterminer des priorités. Cela peut permettre de mobiliser tous les acteurs autour d’un projet et d’une vision commune."

On peut télécharger l'article ici

Références :
Merunka D. et Abdoulaye O. (2006), La ville en tant que marque : métaphore ou réalité ?, Working Paper, n° 769, CEROG IAE Aix-en-Provence, 2006

Ambroise L., Ferrandi, J.M., Merunka D., Valette-Florence P and V. De Barnier (2005), How    Well Does Personality Predict Brand Choice? A Measurement Scale and  Analysis using    Binary Regression Models, Asia Pacific Advances in Consumer  Research, vol. 6, 30-38
Par boris maynadier - Publié dans : Organisation du sens
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Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 09:33
Ce schéma prend ses sources dans la sémiotique générative, qui permet de comprendre comment le discours de la maque émerge à partir d'instances émettrices.

Je prends comme point de départ les instances (schéma ESI) que j'ai identifiées, et j'applique la structure générative (trois phases qui prennent leur source eu niveau du projet de marque : valeurs, récits, discours). En sémiotique, on entend par discours toute émanation de la marque, qui peut être publicitaire, architecturale, etc.

Le schéma met en évidence la dimension gérée / non gérée de la marque de ville, car les trois instances y participent.

La ville peut, selon ce principe, en partie devenir une marque et s'approprier la forme-marque, mais le résultat ne sera que partiel, par rapport aux marques commerciales.
Cela ne limite en rien l'intérêt du branding de la ville, au contraire : cela signifie simplement que la marque de ville doit tenir compte des instances E et I, que l'on ne peut pas la gérer sans prendre toute la mesure de l'existant (les habitants, leur culture, et le profil économique) et de la complexité de la ville.
Par boris maynadier - Publié dans : Organisation du sens
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Samedi 16 septembre 2006 6 16 /09 /Sep /2006 09:23
Le schéma ESI met en jeu trois instances simples.

Sa structure nodale permet de comprendre que les instances sont inséparables les unes des autres et se croisent. Les noeuds peuvent laisser place à des entités hybrides, qui concernent plusieurs instances en même temps.



Par exemple, une association culturelle (initiée par des habitants) subventionnée par la municipalité est à la croisée des instances S et I.

Un club sportif de la ville tient de l'entreprise et joue parfois un rôle important dans la vie économique de la ville (E), mais la municipalité (I) le subventionne et le contrôle parfois en partie.
Par boris maynadier - Publié dans : Organisation du sens
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