Dimanche 4 mai 2008 7 04 /05 /2008 23:31
L'hypermodernité urbaine semble bien se caractériser par une évolution des villes à la fois très rapide et mondiale. J'avais déjà évoqué le cas de Songdo City, près de Séoul, projet titanesque de création d'une ville à partir de (presque) rien, cherchant à reprendre le "meilleur" des grandes cités du monde entier (Central Park de NY, canaux de Venise et architecture de Sydney).

Depuis peu, c'est le cas de Dubaï qui fait l'actualité, avec la ville de Lyon. Un quartier de la première serait en voie de construction, inspiré par la seconde : Lyon à Dubaï, sur quelques 300 hectares. Le projet devrait voir le jour en 2012 ou 2013. Côté budget, les sources sont un peu confuses...

Si je rapproche le projet de Dubaï de celui de Songdo, c'est parce qu'on peut observer une certaine similarité dans la démarche : "importer" une ville, son esprit, ses valeurs, son architecture, son style de vie (je reprends ici certains termes utilisés par M. Collomb, Maire de Lyon, au sujet du projet).

On imagine certaines limites au projet : un quartier de Lyon en climat désertique, un Lyon sans Lyonnais (comment retrouver les trois types d'acteurs institutionnels / citadins / économiques ?)... Mais déjà les responsable se défendent de vouloir produire un "pastiche" kitsch :

“L’idée ce n’est pas de faire un pastiche de Lyon façon Las Vegas, souligne Jean Paul Lebas, urbaniste chargé du projet. Ce sera une architecture contemporaine mais le tissu urbain sera lyonnais.”

“Nous sommes flatté d’inspirer Dubaï et d’insuffler une certaine atmosphère lyonnaise, un style de vie empreint d’humanisme”
Gérard Collomb (sources : conférence de presse)

Faute d'en savoir plus, il est difficile d'imaginer comment reproduire un quartier de Lyon à Dubaï sans entrer dans une stratégie d'imitation, et comment imiter sans faire du kitsch... Peut-être une voie se dessine-t-elle cependant :

«Il ne s'agit pas de reproduire les bâtiments et de faire un Lyon en carton-pâte mais de restituer une atmosphère urbaine avec des lieux culturels et des boutiques au cœur de la ville, des transports en commun, une mixité sociale, des rues et des ruelles»

« il n'y aura pas de bâtiments Haussmann, pas de reproduction de Fourvière ou du quartier Saint Jean, mais une façon d'organiser la ville à l'européenne»
Jean-Paul Lebas

Les échanges entre les villes, sportifs (OL), universitaires (EM), culturels et économiques donnent de la consistance à l'ensemble qui, sinon, pourrait paraître très superficiel. La stratégie est-elle politique ? Si il a une dimension politique, le projet ne s'y réduit pas :

"Ce projet fait davantage partie de l'identité de la ville
que d'une stratégie électorale"
Jean-Paul Lebas


Lyon (candidate pour devenir Capitale Européenne de la Culture 2013) a raison d'entrer de plain-pied dans la nouvelle modernité urbaine, malgré le côté expérimental de la chose. C'est une modernité où, semble-t-il, les villes vont bouger. Elles vont être des moteurs. Elles vont se déplacer. Essaimer...

Lyon à Dubaï, c'est un style de vie, des valeurs, une personnalité, bref, un univers de sens (donc sémiotique) qui voyage. Cela peut-il réussir ? Il semble que oui. Les villes sont en train de prendre de l'indépendance vis à vis de leur localisation géographique. Dans une certaine mesure.



Qu'est-ce qu'une ville ? Un lieu, de la géographie pure ? Ou une idée, un projet, une système de valeurs, un style de vie, un ethos ? Lyon répond à sa manière.

C'est là en partie ce que peut permettre une marque pour une ville : ne pas se limiter à la géographie, mais se connaître comme un univers de sens. Il ne s'agit pas de faire de la ville une abstraction, au contraire, la ville reste quelque chose de très concret : une architecture, des pratiques, des couleurs, des odeurs... qui ensemble font un style, une identité particulière et apte, parfois, à s'émanciper de sa géographie.

Le monde change, et ce ne sont peut-être là que folles spéculations, mais...
Par boris maynadier - Publié dans : Lyon
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Lundi 21 avril 2008 1 21 /04 /2008 19:10
"I amsterdam" réussit le double exploit d'être une marque à la fois relationnelle (I am : relation identitaire à la ville) et expérientielle (un objet dans la ville) dans sa conception. Un cas unique, à ma connaissance.



La marque devient un objet dans la ville, et est intégrée à l'expérience urbaine. Voilà qui donne une dimension particulière à la marque de la ville, elle ne se limite pas à apparaître sur les t-shirts comme le I love NY des années 70 (mais toujours très à la mode), elle prend forme, elle se fait volume. Elle devient matérielle, elle-même un objet et pas un petit objet, pas un gadget comme une tour Eiffel dans une bulle que l'on ramène d'un séjour de Paris, un objet à la taille de la ville, un véritable mobilier urbain qui ne se résume cependant pas à ce statut de mobilier.



Le sens de tout ça ? C'est justement qu'il ne réside pas dans ce que dit la ville, dans l'énoncé. I amsterdam ne dit rien d'Amsterdam et c'est tant mieux (voir aussi le site web). C'est un signe qui fonctionne en creux, qui appelle le sens, un signe ouvert pour reprendre le terme d'Umberto Eco, qui fait travailler le lecteur en quelque sorte, et en cela très différent des marques de Hongkong ou Edinburgh par exemple, qui sont très bavardes.




Le sens réside dans ce que le citadin voudra bien y mettre. C'est là, en grande partie, que réside le succès de cette marque. Mais toutes les villes ne pourraient pas se permettre ce type de stratégie, tant il est nécessaire que la ville ait un sens pour les citadins, avant que ce type de marque ce soit créée.

Le citadin ne développe des pratiques (jouer avec la marque / mobilier urbain) ou des stratégies (se faire ambassadeur de la ville) que si cela a un sens pour lui. C'est ce qu'eesaie de développer Amsterdam. Et il va de soi qu'un logo, si réussi soit-il, ne peut suffire à remplir un tel objectif. Voilà en partie pourquoi le city branding ne peut se résumer à un logotype ou une signature de marque, mais concerne le sens de la ville dans son ensemble.
Par boris maynadier - Publié dans : Amsterdam
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Mercredi 26 mars 2008 3 26 /03 /2008 20:59
Dans un "cahier spécial" local du Monde (27 mars 08), dédié à Toulouse, on peut trouver un entretien très intéressant entre Martin Malvy (Président du Conseil Régional de Midi-Pyrénnées), Robert Marconis (Professeur de Géographie) et Jacques Poumarède (Professeur d'histoire).

Extraits choisis arbitrairement et présentés dans le désordre :

Martin Malvy :
"C'est une ville qui a des atouts mais qui s'est trop souvent contentée de les contempler"
"Il n'y a pas eu l'accompagnement politique qui aurait permis de passer à une phase dynamique. Toulouse est restée un gros village."
"Nous n'avons toujours pas pris la mesure de ce que doit devenir une métropole au sein de l'Europe."
"Elle (la région) a besoin d'une grande zone d'attractivité économique toulousaine."


Jacques Poumarède :
"C'est une exception toulousaine et un non-sens que d'avoir trois trois communautés urbaines sur un espace qui fait 900.000 habitants."
"On a fait ce Grand Toulouse, mais qui reste une instance à faible valeur ajoutée."

Robert Marconis :
"Ce mille-feuille institutionnel rend noter lisibilité à l'extérieur difficile."
"C'est bien beau de réclamer le TGV, mais il faut le préparer, il faut construire un grand projet de taille métropolitaine. L'infrastructure vient quand il y a de la dynamique."


Toulouse est une de ces "métropoles" françaises qui doit envisager sérieusement de se donner les moyens de ses ambitions, moyens parmi lesquels devrait figurer, au premier plan, une marque. Travail sur le sens, la visibilité, l'attractivité, la projection la participation, la relation, la vision, la cohérence, le maximum d'éfficacité par le minimum de moyens, le dépassement du local par le local...  bref, en un mot donc, travailler une marque.

Paris y réfléchit (ici), Lyon l'a fait à sa manière (voir , j'aborderai bientôt cette approche lyonnaise), d'autres lancent le processus... Sans même évoquer les métropoles européennes.  Je ne peux qu'être d'accord avec M. Malvy, "il est temps que Toulouse, la belle endormie, se réveille".
Par boris maynadier - Publié dans : Toulouse
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /2008 01:19

New York City (brièvement évoquée ici)

Melbourne


Las Vegas

Songdo City (dont j'ai déjà parlé ici)



Par boris maynadier - Publié dans : Actus et liens
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Vendredi 29 février 2008 5 29 /02 /2008 21:08
À la lecture de quelques  documents stratégiques émis  par  les villes, et de certains travaux de recherche, on ne peut sempêcher de trouver quelques effets de mimétisme en ce qui concerne les "valeurs" des marques de villes :


Birmingham : connectée, internationale, créative, jeune et brillante (source : Virgo et de Chernatony, 2006)
Edinburgh : visionnaire et inventive, diversité riche, à la recherche de l'excellence, sincère et chaleureuse, élégante (source : documents émis par la ville)
Hongkong : entre tradition et modernité, créative, imagination sans limite, transparence financière, succès, progressive, stable et libre, qualité et opportunité (la plupart des "valeurs" sont associées à la population dans la ville) (source : documents émis par la ville)
Amsterdam : Créativité, innovation, esprit de commerce, excellence (source : document stratégique émis par la ville )
Paris : innovation, cosmopolite, conviviale (quelques valeurs que la ville voudrait s'approprier) (source : appel d'offres émis par la ville)


Il est aussi possible de trouver quelques explications à tout cela :

La formulation de "valeurs" pour une ville sont en réalité souvent la répétition de "valeurs" dominantes très présentes dans la littérature, notamment le littérature économique. Les villes cherchant à entrer en résonance avec des projet collectifs de plus en plus "globalisés" (internationalisés et unifiés) se retrouvent à défendre toutes ces "valeurs" jugées comme "modernes".

Cependant, cherchant à entrer en résonance avec ces projets collectifs, elles échouent complètement à ce projet : ressasser ad nauseam ces mêmes approches ne fait entrer en résonance avec rien du tout... Remarquons aussi que, malgré la formulation de ces valeurs, certaines villes, pour leur bonheur, conservent malgré tout leur spécificité.

Le lecteur attentif aura remarqué que la ville moderne se doit d'être "créative". Et là, le comble, c'est quand toutes ces villes "créatives" identifient toutes en coeur cette "valeur" comme fondamentale pour elles, et parfois même l'expriment tel quel : "regardez, je suis une creative city". Il n'y a rien de moins créatif, que ce soit sur le plan du contenu et du choix de la "valeur" ou sur le plan de l'expression. (on retrouve souvent ce problème dans le marketing marchand, des marques qui disent : "je suis différente". La question n'est pas de dire que l'on est différent, ce qui sonne assez artificiel, mais plutôt d'exprimer une différence, de montrer en quoi la marque est différente, ce qui oblige à donner un contenu...)

Pour expliquer le phénomène, certains auteurs remarquent que les "stratèges" des villes ne formulent des "valeurs" pour la ville qu'après avoir mené des actions concrètes : il s'agit d'un phénomène de rationalisation assez connu en marketing. Cela peut par ailleurs avoir un sens, si l'on veut considérer que l'existence précède l'essence, alors les "valeurs" n'interviennent que dans un second temps dans la réflexion.

On peut aussi parfois observer l'utilisation autoritaire du "nous", du "on", du "notre" ou "nos" valeurs comme si l'ensemble des acteurs de la ville se retrouvait dans les valeurs formulées par une équipe marketing. Ce n'est pourtant pas parce qu'il est écrit sur une plaquette "nos valeurs" que tous les citadins se reconnaissent dedans. (en cela la ville n'est pas une institution, cela explique l'échec des transpositions des théories du corporate branding à la gestion de la marque de ville.)

Mais si l'autoritarisme rhétorique n'est pas une bonne solution, le consensus mou non plus. Trouver un axe stratégique partagé pour une ville est un exercice difficile, qui met en jeu de nombreuses parties prenantes diverses, aux objectifs différentes et parfois contradictoire. Le consensus par le plus petit dénominateur commun est alors le piège principal à éviter. (Le consensus mou montre la difficulté à faire partager un projet fort : et là non plus, une fois de plus, la ville ne peut s'apparenter à une institution ; et même la notion d'identité est à discuter, ou à considérer que l'identité de la ville ressemble plus à un champ de bataille qu'à un bel agencement de valeurs bien ordonnées comme on les trouve dans les documents de communication)


(Photos de David Cousin-Marsy, publiées avec son aimable autorisation, ici pour en voir plus)
Par boris maynadier - Publié dans : Organisation du sens
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