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Publié par boris maynadier

- “Atlantic City of the Year” contest - contacts the bottom of this article -

La coopétition est un néologisme devenu courant en marketing territorial, spécialement lorsque l’on évoque les villes. C’est un mot-valise, qui emporte avec lui la coopération et la concurrence (ou compétition, si l'on accepte l'anglicisme), dans des proportions variables. Mais, lorsqu’il s’agit des territoires, pourquoi évoquer ces notions venues du monde des entreprises ?

Les entreprises marchandes sont en concurrence entre elles sur leurs marchés. La concurrence semble être leur mode d’interaction « naturel ». Mais comme rien n’est « naturel » sur les marchés, ce n’est pas si simple : les entreprises ont des intérêts communs, la création et la défense des marchés concurrentiels sur lesquels elles sont justement en compétition. De plus, elles ont le plus souvent besoin les unes des autres dans une logique verticale de fournisseur - client, quand bien même elles seraient en concurrence par ailleurs sur certains marchés. Bref, la concurrence s’accommode bien d’une bonne dose de coopération - encadrée et limitée par la loi - ce qui donne lieu à des stratégies à deux têtes : de coopétition.

Les territoires semblent, quant à eux, « naturellement » solidaires. La solidarité territoriale est une notion clef pour comprendre les logiques territoriales, en France ou en Europe notamment. Les territoires ne sont pas égaux entre eux, et ce sur une grande variété de plans : géographiques, économique, social, éducatif, etc. Le principe de solidarité est une réponse à ces inégalités. Cependant, la solidarité des territoires n’est pas plus naturelle que la concurrence des entreprises. Or, on observe qu'en gagnant en autonomie vis-à-vis de l’état, les régions et villes constituent des champs d'interaction de plus en plus autonome, où se développent des stratégies. Or, les stratégies peuvent être au moins de deux ordres : concurrence et coopération, bref, coopétition.

À bien y regarder, il semble que les deux logiques de solidarité et de coopétition s’inscrivent sur des axes différents. La solidarité apparaît comme verticale, et plutôt descendante. Comme si le garant de la solidarité entre deux territoires de même échelon - disons deux régions - était le niveau supérieur, l’État. Les stratégies de coopétition semblent quant à elles se mettre en place de manière horizontale, au niveau de chaque échelon. Peut-être ne doit-on moins parler de solidarité entre des villes, que de coopération - et donc potentiellement de concurrence. Perpendiculairement à ces rapports stratégiques, où la notion de marque territoriale se révèle décisive, les logiques de la solidarité conservent plus que jamais leur pertinence, dans la mesure où les inégalités territoriales ne font que s’accroître dans le jeu de la coopétition. La solidarité est un choix politique dont la logique égalitaire diffère de celle de la gestion stratégique. Aujourd'hui, on voit que l'une ne vas pas sans l'autre.

Les rapports territoriaux seraient ainsi de solidarité verticale et de coopétition horizontale. La coopération horizontale peut être internationale (pour les pays, définis par leurs frontières nationales) ou transnationale (pour les régions définies par d’autres frontières comme les Euro-régions ou villes, territoires sans frontières mais noeuds au sein d’un vaste réseau urbain global).

Cette petite réflexion vient à la lumière du développement des réseaux de villes : ils actualisent les rapports horizontaux de coopétition. Des villes en concurrence sur certaines thématiques (tourisme, un champ économique particulier ou autre - voir ici pour un exemple gastronomique), développent des relations à travers les réseaux (rencontres, échanges de pratiques, visites, etc.), entrant ainsi en collaboration. Paradoxal, non ? Pas vraiment si l’on veut bien concevoir que concurrence et coopération vont de pair dans des relations stratégiques au sein d’un champ donné. Relire Bourdieu ("Les règles de l'art" notamment) est éclairant à ce sujet. C’est en réalité l’existence du champ lui-même qui est en jeu, et donc celle des acteurs qui le définissent. Il y a donc collusion objective et intérêt commun ou, disons, paratagé.

La Conférence des Villes de l’Arc Atlantique est illustrative du propos. Il s’agit d’un réseau de villes européennes bordant la côte atlantique, comme vous aurez pu vous en douter :

« La Conférence des villes de l'Arc Atlantique (CVAA), créée en juillet 2000 à Rennes, regroupe actuellement grâce à ses 20 membres, plus de 200 entités locales et 9 millions d'habitants de la côte atlantique européenne. » (dossier de présentation - http://www.atlanticcities.eu/)

La logique horizontale de coopétition est ici manifeste, la coopération étant le leitmotiv de relations stratégiques en construction. Mais la logique verticale de solidarité n’est pas absente : le programme atlantique est intégré au projet européen AT.Brand (http://atbrand.eu/), qui explore l’idée de « co-brander l’espace atlantique dans une stratégie de long terme »

(http://atlanticarea.ccdr-n.pt - http://www.atlanticcities.eu)

La stratégie de coopétition s’illustre bien avec un concours organisé par le réseau, de la « ville atlantique de l’année » dont Brest Métropole Océane a été la dernière lauréate. C’est l’occasion de rappeler ici que les villes souhaitant participer à l’édition 2014 du concours ont jusqu’au 31 août pour postuler. Contact : atbrand@atlanticcities.eu

Merci à Élise Baudelet pour les informations.

Coopétition & solidarité territoriales et villes de l'arc atlantique
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