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Publié par boris maynadier

ON, quelqu'un presse le bouton ON et le film commence. On a été prévenus avant ça : c'est un film commandé par la ville de Séoul, réalisé à partir de 154 vidéos sélectionnées parmi 11.852, uploadées sur YouTube par 2821 personnes. Puis on presse le bouton ON et des gens dansent chez eux, une fontaine jaillit, et on entre petit à petit dans l'univers de Séoul. Les images ne sont pas forcément belles mais montées habilement, elles sont poétiques.

On y croit, pour plusieurs raisons. Peut-être d'abord parce que c'est un storytelling où on ne nous prend pas pour des idiots en nous présentant des images idéalisées de la ville, comme on en a pris l'habitude dans le marketing territorial. Alors on suspend notre incrédulité. On nous propose un moment poétique qui est aussi un moment de compréhension de la ville. C'est le magma imaginaire de Séoul qui est montré, dans sa complexité et ses ambiguïtés.

On y croit non seulement parce que la mise en scène n'est pas naïve, mais aussi parce qu'elle produit poétiquement de puissants effets de réel. On suspend notre incrédulité pour entrer dans le récit en ayant l'impression, avec les images de pouvoir nous aussi nous coller au réel de la ville. C'est ainsi que se produit ici la vraisemblance, par référence.

Dans le storytelling, on peut être vraisemblable de deux manières. La première est discursive - cohérence interne du récit - la seconde est référentielle. La vraisemblance référentielle, c'est quand le récit colle au référent, comme disait Roland Barthes. C'est ce qui produit les effets de réel. La vidéo montre la ville en collant à sa réalité car chaque personne qui a fourni une vidéo a filmé sa réalité. Le magma des parcours qui s'y croisent semble à peine organisé. On a l'impression d'approcher d'une vérité, un peu comme dans la meilleure street photography. Bien sûr, pour arriver à cet effet, il faut beaucoup de travail, c'est une fausse impression de facilité que l'on peut avoir au premier visionnage. C'est aussi un des effets du traitement artistique de la vidéo.

La vraisemblance référentielle est une chose qui manque souvent à l'imagerie des marques territoriales. On nous livre trop souvent des images normalisées et lisses en voulant nous faire adhérer à la réalité de ces représentations : gens heureux, villes vertes, campagnes sublimes, sourires permanents, etc. Alors que l'on ne cesse d'entendre que les marques territoriales doivent construire une image correspondant à leur soi-disant identité, elles en produisent le plus souvent un reflet déformé qui sonne faux. La vraisemblance référentielle, ce n'est pas montrer le réel - qui le pourrait ? - mais produire un imaginaire en tension vers le réel. Et de temps en temps, un bon coup de réel, ça fait du bien.